 |
Nicolas Sarkozy réinvente la "fracture sociale". Le président de l'UMP, développant son projet de "rupture" pour 2007, a présenté jeudi soir à Agen (Lot-et-Garonne) ses propositions pour le "réapprentissage de la valeur du travail" afin de sortir la France de la "désintégration sociale".
Pour ce troisième meeting de sa pré-campagne présidentielle, le ministre de l'Intérieur avait choisi de délaisser le thème de la sécurité afin de s'exprimer sur le travail, première préoccupation des Français. L'occasion d'aller chasser sur les terres de la gauche. Car le président de l'UMP n'est pour l'heure pas jugé le plus crédible sur ce sujet. Selon un sondage TNS-Sofres publié samedi dans "Le Figaro Magazine", les Français ne lui font "plutôt pas confiance" pour réduire les impôts (65%), augmenter le pouvoir d'achat (60%) ou réformer le Code du travail. Devant son épouse Cécilia, M. Sarkozy a dressé un bilan implacable des "30 ans de crise économique, sociale et morale" qui viennent de s'écouler. "La France va mal (...) La France doute", a asséné le président de l'UMP dans une nouvelle critique en règle de l'ère Chirac. Pour M. Sarkozy, les symptômes de cette crise, "pauvreté, exclusion, précarité, insécurité", sont avant tout "dans les têtes". "Il y a une France qui ne s'en sort pas, qui vit la précarité au quotidien, qui ne peut pas faire de projets d'avenir", a-t-il observé. Le président du parti majoritaire de droite n'a pas oublié "la France qui se lève tôt et travaille dur", à laquelle il a l'habitude de s'adresser. Car "toutes ces France n'en forment qu'une". "A l'angoisse de l'exclusion qui étreint la classe populaire répond l'angoisse du déclassement qui hante la classe moyenne", a-t-il analysé. "La fracture sociale s'est transformée en désintégration sociale." Cette "désintégration" -version dure de la "fracture sociale" que Jacques Chirac voulait réduire en 1995- s'explique selon lui par la "culpabilisation" de la "France qui travaille" par la gauche comme par la droite. Dans cet esprit, il a proposé de construire "une France nouvelle qui redonne vie aux vraies valeurs" du "mérite, de "l'effort", de la "récompense", du "respect" ou de "la fermeté". Soucieux de différencier ses propositions de celles de son adversaire socialiste Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy a opposé systématiquement ses propositions à celles du PS. Alors que le PS prône la "réduction obligatoire et uniforme du temps de travail", le président de l'UMP a souhaité que "chacun soit libre de rester aux 35 heures ou d'en sortir", et de "choisir son rythme de travail en fonction de ses besoins" Il a également proposé l'exonération totale de toutes les heures supplémentaires d'impôts et de charges, une "forte revalorisation des allocations familiales dès le premier enfant" et un "partage systématique des gains de productivité et une part de rémunération au mérite" pour les fonctionnaires. Afin d'accroître le pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy s'est prononcé pour "l'augmentation des salaires nets et la diminution des charges qui pèsent sur le travail". Pour "donner la priorité au travail", il a prévenu qu'il demanderait "à celui qui vit avec les minima sociaux d'accomplir un travail d'utilité sociale". Mais le président de l'UMP a aussi donné des gages à la gauche. Il a ainsi prôné la "tolérance double zéro" pour les "patrons voyous". Après l'affaire du PDG de Vinci, Antoine Zacharias, poussé à la démission sous l'accusation de s'être enrichi au détriment du groupe, il a proposé que la rémunération des dirigeants d'entreprises soit publiquement approuvée par l'assemblée générale des actionnaires. Nicolas Sarkozy est même allé jusqu'à appeler à une "révision de la politique économique européenne" pour permettre à la France de "privilégier la logique économique sur la logique comptable" dans la gestion de ses finances publiques. Dans une critique du pacte de stabilité de la zone euro, il a dit "refuser la logique absurde qui conduit à augmenter les impôts, à couper dans les investissements publics et à tailler dans les dépenses sociales quand la croissance ralentit et le chômage augmente".
par nouvelobs.com |