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Culture : Ben Harper : Je pousse ma voix jusqu’à la limite
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On a beaucoup écrit sur Ben Harper, son enfance en Californie dans le musée musical de son grand-père, le Folk Music Center, sa fameuse guitare couchée Weissenborn dont il tire de longues notes slide, ses rencontres avec les seigneurs, John Lee Hooker, Blind Boys of Alabama. En douze ans, il a créé une oeuvre éclectique, à la fois soul, rock, reggae, gospel jusqu’à ce double album de rock funky et de soul, « Both Sides of The Gun ». Joint au téléphone pendant sa tournée au Japon, l’artiste a répondu à nos questions.



Comment avez-vous écrit la chanson Black Rain sur la Nouvelle-Orléans ?

J’étais en train d’enregistrer une autre chanson, quand le drame du cyclone est arrivé. Je me suis assis avec mon ingénieur du son. Nous étions brusquement témoins d’un terrible événement, cette frontière entre le Nord et le Sud, les classes, les races. C’est l’un des événements historiques les plus importants arrivés dans notre pays depuis plus de dix ans. Je n’avais plus envie de chanter la chanson que j’avais prévu d’enregistrer et j’ai écrit Black Rain.

La Capitale louisianaise est-elle chère à votre coeur ?

Je n’oublie pas que c’est là-bas que j’ai rencontré sur scène le grand groupe de gospel Blind Boys of America. Ils ont eu une telle influence sur ma musique.

Laquelle ?

Ils m’ont aidé à retrouver les sens, la source de la musique, mais aussi de l’esclavage, des droits civiques. Votre son est votre expérience, votre vécu. Il demeure un document historique, un testament vivant. Les Blind Boys m’ont élevé musicalement.



« Both Sides of The Gun » est un disque doux et dur, parfois funky. Vous avez dû forcer votre voix ?

J’ai choisi une clef très haute. Il a fallu que je joue presque live, brut, comme dans la chanson Engraved Invitation, où j’ai essayé de garder un son crasseux. Chaque soir, en public, je m’entraîne à brutaliser ma voix, jusqu’aux limites du possible. Je chante sans m’arrêter depuis mes débuts en 1994.

Quels sont vos modèles ?

J’apprécie le groupe gallois Stereophonics. Les grands musiciens comme les saxophonistes Coltrane ou Charlie Parker, Marvin Gaye pour le chant, ont ce ton pur, naturel. Je pense aussi à la chanteuse française Édith Piaf que j’ai découverte lors de mon premier voyage en France, chez un petit disquaire, à Toulouse. J’ai été atteint par cette voix.

Quelle chanson d’elle aimez-vous ?

C’est comme si vous me demandiez ma chanson favorite de Bob Marley. Je citerais peut-être Jezebel.

Pourquoi jouez-vous avec les mêmes musiciens depuis tant d’années ?

J’aime la familiarité. Nous nous poussons les uns les autres. C’est une question de confort, de confiance. JP. Plunier joue de la batterie sur Cryin’Won’t Help You Now. Il a un instrument chez lui, mais il ne l’avait pas touché depuis un moment. J’ai appelé aussi Nick Sandro, patron du Nick’s Caffe, à Claremont, le premier endroit où j’ai joué. Il tient la basse. Quant à ma mère Ellen, elle participe à des choeurs.

Quels souvenirs vous lient à votre mère ?

J’aime bien me rappeler quand nous nous réunissions en famille pour la voir et l’entendre répéter dans le salon. Elle jouait de la guitare, de la basse. J’ai beaucoup appris en l’écoutant chanter. Nous avons souvent chanté sur scène comme au Neil Young Brit School Benefit, un concert auquel participaient Neil Young, Paul McCartney, Red Hot Chili Peppers, Sonic Youth, Tony Bennett. J’ai joué In the Lord’s Arms (**) avec elle. J’aime l’inviter. Nous avons le projet d’enregistrer un jour un album de folk en duo.

Après le bluesman John Lee Hooker, et les Blind Boys of Alabama, quelle légende aimeriez-vous rencontrer ?

Bob Dylan. Je ne le connais pas. Nous avons pourtant été programmés sur une même affiche à Los Angeles lors d’un concert intitulé Willie Nelson and Friends. Dylan était l’un des amis. Mais nous n’avons pas parlé.

Plutôt habitué au Zénith ou à Bercy, vous avez choisi de jouer à l’Olympia. Pourquoi ?

Elle est la première grande salle du monde qui présente tous les styles de musique. Je la mets au même niveau que le Carnegie Hall, à New York. J’ai joué déjà une fois dans le vieil Olympia. Je me souviens de mon nom en lettres rouges sur la façade... Tant de grands noms m’avaient précédé là-haut. J’ai ressenti cela comme accomplissement musical.

Votre musique convient-elle mieux au cadre plus intime de l’Olympia ?

À Bercy aussi, je peux avoir de formidables moments d’intimité musicale, quand vingt mille personnes chuchotent avec vous le titre de votre chanson. À l’Olympia, il y a moins de gens, mais l’énergie est toujours là.

Vous avez choisi Bo Weavil, un groupe français pour assurer votre première partie à l’Olympia. Comment l’avez-vous connu ?

Je l’ai découvert par mon manager et ami français JP Plunier. J’ai écouté son premier disque et j’ai monté le son en stéréo. Il n’essaie pas d’être rétro, mais possède une sonorité fraîche comme lorsque j’entends les Strokes et ces groupes modernes. Je suis sûr que si John Lee Hooker vivait encore, il serait excité par Bo Weavil. Je ne les ai pas encore rencontrés. J’aimerais bien enregistrer un jour quelque chose avec eux.

Vous tournez au Japon en ce moment. Avez-vous du succès là-bas ?

Je joue dans des salles de 1 500 à 3 000 personnes, à Nagoya, Osaka... J’accomplis un voyage émouvant. À Hiroshima, j’ai visité le mausolée en hommage aux victimes de la bombe. Une oeuvre dédiée aussi à la vie.

 


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