|
Dominique Pagnoud Le Figaro De l’un de nos envoyés spéciaux à Munich France-Portugal, c’est presque la lutte finale. Un choc qu’on attend dur, âpre entre deux formations ambitieuses et orgueilleuses. Deux adversaires qui n’entendent rien lâcher. Et la perspective de se trouver à quatre-vingt-dix ou cent vingt minutes du grand final du tournoi planétaire décuple les énergies, transcende les motivations. « On n’y est pas tout à fait. Le plus dur, c’est d’être à quelques mètres du but fixé. Il y a encore deux matchs à gagner pour remplir notre contrat. Avant, ce ne sera pas le cas », répète pour la énième fois Raymond Domenech, l’entraîneur national, avec une conviction de moins en moins suspecte. Vingt-deuxième face-à-face entre les deux nations
Ce soir, la France (soixante millions d’habitants et deux millions de licenciés) opposée au Portugal (onze millions d’âmes et cent mille licenciés) peut donc se rapprocher de façon sensible de l’objectif annoncé par son sélectionneur : « Gagner la Coupe du monde le 9 juillet à Berlin ». Fouler le toit de la planète, vraiment ronde, est, peut-être, ce qui l’attend dimanche. Ce qui semblait complètement utopique, voici deux ans, teinté d’une forte dose de présomption, il y a encore quinze jours, est devenu de plus en plus crédible. Le challenge est en cours de réalisation si les joueurs de Raymond Domenech ont la bonne idée, sur la pelouse de l’Arena Munich, d’écarter de leur route le Portugal, la sélection la plus hermétique du Mondial (un but encaissé en cinq rencontres). A l’occasion de ce vingtdeuxième face-à-face entre les deux nations, le troisième, en compétition internationale (après les demi-finales de l’Euro 1984 et de 2000, gagnées par la France 3-2 a. p. et 2-1, à la 119e, but en or), la « belle » ressemble à un super-Loto du mercredi soir, assez impensable au début du Mondial. Au moins que cette « belle » soit vraiment jolie, éloignée de cette mascarade de football observée lors de Portugal- Pays-Bas (1-0) entrée dans l’histoire peu glorieuse du Mondial (quatre expulsions, seize avertissements). Mais aussi d’un triste quart de finale de l’Euro espoirs en novembre 2003 où, à Clermont- Ferrand, les Portugais victorieux (1-2) avaient saccagé l’un des vestiaires du stade, Domenech vilipendant « les sauvages » adversaires alors que Cissé, expulsé, se voyait privé de l’Euro 2004. Pour gommer un tel conten- Pour gommer un tel contentieux et espérer que l’adversaire lusitanien se départira d’une vilaine réputation, il faut espérer que l’arbitre uruguayen Jorge Larrionda sera à la hauteur. Comme il le fut lors du limpide France-Togo (2-0) ou Italie- Etats-Unis (1-1), se traduisant par trois expulsions. La présence de la France et du Portugal en demi-finale est inattendue. « C’est le charme du football. Jamais je n’aurais cru en disputer une autre », rappelle Lilian Thuram qui rêve de rééditer l’exploit de sa première demi-finale en 1998, face aux Croates. Il y avait signé un doublé scellant la qualification (2-1) pour la finale. « Ce serait vraiment un truc de fou... », imagine, hilare, le défenseur de la Juventus avant d’apprécier l’instant présent. « Je suis ravi de savourer de tels moments. Nous le devons à notre état d’esprit fait de solidarité et de discipline. On est loin de 2002 ou de 2004 où les ego, l’indiscipline et une préparation physique escamotée nous avaient valu de disparaître prématurément. Ces choses-là ne se reproduiront plus après les traumatismes de 2002 et 2004. Le fait d’être sorti du premier tour nous a complètement libérés », raconte, bavard, le défenseur. Le poids des cartons et de la fatigue seront décisifs Disparaître si près du feu d’artifice programmé à Berlin ressemblerait à du gaspillage. Pour ne pas être privés de l’ultime et suprême gala, les six Bleus avertis (Zidane, Vieira, Thuram, Ribéry, Sagnol et Saha) ne devront pas se réfréner. Il leur sera demandé de renouveler, dans la prise de risques, leurs deux précédentes sorties pour éviter la corvée du samedi de la petite et insipide finale de la 3e place. Le rôle de l’arbitre, le poids des cartons et de la fatigue (deux matchs de cent vingt minutes contre l’Angleterre et les Pays- Bas, pour les joueurs de Scolari, trois rencontres en huit jours pour ceux de Domenech) seront sans doute décisifs dans l’obtention du visa vers la gloire dominicale. A l’image du « match dans le match » que se livreront sans merci deux géants, en passe de partir définitivement en retraite, deux anciens coéquipiers sous la bannière galactique, Figo et Zidane. Ces ex-Ballons d’or se demandent ce matin pour qui penchera tout à l’heure le dernier rebond. Encore un peu de patience, on saura tout ce soir.
|