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Lefigaro, Caroline Beyer, 06 mars 2006 Le terme « maîtrise » ? Obsolète. Les sigles « DESS » et « DEA » ? Voués à disparaître. Voici la conséquence immédiate de l'instauration du grade de master qui, dans le cadre de la réforme LMD, atteste d'un bac + 5.
Le Master se situe entre les études courtes au niveau licence (bac + 3) et la voie de la recherche au niveau doctorat (bac + 8). « Le passage de licence en master marque une rupture, insiste Gilles Guyot, directeur de l'IAE Lyon. La licence s'apparente à un processus d'apprentissage classique, alors que le master mesure davantage une capacité à « faire des choses ». Le cursus de master est beaucoup plus exigeant », résume-t-il. Le master équivaut à 120 crédits ECTS (European Credit Transfer System) après la licence, qui en vaut elle-même 180. Ces crédits étant utilisés dans tous les pays d'Europe, ils constituent une monnaie commune facilitant les échanges internationaux. Le cursus s'étend sur deux années, communément appelées M1 (ex maîtrise) et M2 (ex DESS et DEA). Les masters se déclinent en domaines, mentions et spécialités, le but étant de permettre une orientation progressive de l'étudiant et de favoriser les passerelles. Dans la même logique, l'orientation vers un master professionnel ou recherche peut se faire tardivement, en fin de M1, voire au cours du M2. Ce que les universitaires appellent dans leur jargon le « master en Y ». Un rééquilibrage en faveur des masters pro A la question « la réforme LMD a-t-elle permis une restructuration de l'offre de formation, très disséminée sur les DESS et DEA ? », la réponse est pour le moins mitigée. En bref, les « spécialités » de masters correspondent en général aux ex DESS et DEA... « Le résultat est pour le moins complexe, confie Domitien Debouzie, président de la commission de la pédagogie et de la formation continue de la Conférence des présidents d’université. Le ministère a accepté massivement des spécialités au niveau master. Il y a donc encore plus de diplômes au niveau master qu'auparavant. » Le LMD est-il une révolution ? « Dans certains endroits, rien n'a changé ! Les spécialités commencent dès le premier crédit de M1... Dans d'autres, le LMD a permis de mieux marier les anciens DEA et DESS et de constituer ainsi un tronc commun fort entre la recherche et la voie professionnelle ». Pour Domitien Debouzie, le grand changement tient à un rééquilibrage global en faveur des masters professionnels. « L'offre de formation en master pro est supérieure à celle des masters recherche, ce qui n'était pas forcément le cas avant. Il faut dire que les étudiants sont davantage demandeurs de masters pro ». En l'état actuel des choses, le niveau de sélection a toujours lieu au niveau de l'ex maîtrise, à bac + 4. Un niveau se situant dans le schéma LMD au milieu du cursus de master. Illogique... « La CPU revendique une sélection à l'entrée en M1. Cela nécessitera de revoir l'articulation entre la licence classique et la licence professionnelle. Cette version du LMD est temporaire, nuance-t-il. L'objectif est 2010. Il faut préciser que par rapport à d'autres pays d'Europe, la France a mis en œuvre le processus de Bologne rapidement ». GRADES ET DIPLÔMES : A Y PERDRE SON LATIN « Il y a aujourd'hui plus de 7000 masters : c'est vraiment très compliqué ! », ne cesse de répéter Jean-Jacques Duby, ancien directeur de Supélec, lorsqu'on l'interroge sur l'architecture des études universitaire et les cursus d'ingénieurs. Il préside la Commission d'évaluation du master dans les écoles d'ingénieurs. « Toutes les écoles d'ingénieurs habilitées par la Commission des titres d’ingénieurs à délivrer le titre d'ingénieur donnent accès au grade de master », explique-t-il. Ce grade atteste de la reconnaissance, au niveau européen et international, d'un niveau bac + 5. A ne pas confondre avec le diplôme national de master ou « DNM » délivré par les universités. Mais également par certaines écoles d'ingénieurs dans des cas précis... « Pour une meilleure visibilité internationale, 30 à 40 écoles d'ingénieurs ont choisi de délivrer des DNM professionnels. Ces « masters Duby » sont destinés aux étudiants étrangers. Par ailleurs, beaucoup d'écoles d'ingénieurs ont demandé à délivrer le DNM recherche, accordée par la MSTP (Missions scientifique, technique et pédagogique, NDLR) qui permet de donner accès à la thèse sans devoir recourir à des dérogations ». Les écoles de commerce ont également leur commission. Présidée par Jean-Pierre Helfer, directeur d'Audencia, la commission d'évaluation des diplômés de gestion émet un avis sur les écoles dont le diplôme, visé par l'Education nationale, confère le grade de master. En revanche, en aucun cas une école de commerce ne délivre un DNM, sauf dans le cadre d'un cursus proposé en commun avec l'université. Ces partenariats concernent avant tout les masters recherche. Car c'est sur la qualité de la recherche que de nombreuses écoles de commerce pêchent... Pour ajouter à la complexité, les écoles de commerce et d'ingénieurs délivrent des Mastères spécialisés, reconnus eux par la Conférence des grandes écoles (CGE), et attestant d'un niveau bac + 6. « Les mastères spécialisés sont payants. Et très chers... Si ces programmes rencontrent un succès, c'est qu'ils sont bons ! En revanche, nous faisons la chasse aux « masters » non habilités », ajoute-t-il. Car certains établissements n'hésitent pas à s'approprier le terme... |